Fides et Ratio 002

             Editorial

Espérer, comme voir toujours plus loin que soi, désirer plus que soi, et devenir un avec le plus que soi !

 Bien chers lecteurs et lectrices, voici la seconde édition de notre Theologicum News, qui vous présente une gamme de réflexions mettant en lumière de nombreux enjeux de la vie humaine et chrétienne, où les vertus théologales (foi, espérance et charité) restent le fondement de toute marche vers la sainteté et le salut. L’abbé Pascal Desthieux raconte que quand le diable veut faire chuter un chrétien, il essaie d’abord d’entamer sa foi. Mais le chrétien ne peut s’empêcher de croire à une force supérieure. Il s’en prend à sa charité. Mais, rien à faire, il reste toujours capable d’aimer, au moins un peu. Il attaque alors son espérance, en tentant de le faire douter : si tout ce que l’on fait ne servait à rien, et s’il n’y avait rien de bon après ? Les nouvelles quotidiennes de guerres, de catastrophes, de pauvreté et de misère, d’échec, de peur, d’incertitude en l’avenir, peuvent nous conduire à une forme de désespérance. Et pourtant, l’espérance, comme la définit le Catéchisme de l’Église catholique, «est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. "Gardons indéfectible la confession de l’espérance, car celui qui a promis est fidèle" (He 10, 23)» (CEC 1817). Le fondement de notre espérance se trouve donc en Dieu, en la certitude qu’il triomphera du mal et qu’il nous conduit vers le bonheur éternel. Si nous sommes convaincus que la mort est vaincue et que le mal n’aura pas le dernier mot, nous avons de bonnes raisons d’espérer, de rester sereins même face à des adversités. L’espérance nous met dans un chemin de confiance. Ce temps de la pandémie doit être un temps d’espérance en Celui qui a vaincu la mort et nous entraîne dans sa Résurrection ! (cf. Au-delà de l’espoir, notre espérance, n°50 de ECR, Église Catholique Romaine-Geneve, www.ecr-ge.ch).

Sans doute, le monde est malade ! Mais alors que doit faire l’Église ? L’Église doit parler de l’espérance ! Situation économique difficile, changements climatiques, conflits, maladie, chômage, tensions, etc., les raisons de découragement ne manquent pas. Plus encore, notre foi ne nous situe pas hors de ce monde et de ses plaies. Notre espérance ne nous protège pas des aléas de nos existences. Mais comme l’espoir, l’espérance est ce qui nous fait avancer et agir même dans les pires moments. Plus que l’espoir, l’espérance nous porte à saisir les signes de Sa présence (présence de Dieu) et les semences d’une vie nouvelle. Le Christ ressuscité vit au cœur de notre espérance. Le Pape Francois enseigne que «Dieu marchera toujours avec nous, toujours, même dans les moments les plus douloureux, dans les moments les plus sombres, même dans les moments d’échec : le Seigneur est là. Et c’est notre espérance. Allons de l’avant avec cette espérance ! Parce qu’il est à nos côtés et marche avec nous, toujours !» (Audience générale 24 mai 2017).

Pour la majeure partie de cas, l’espoir c’est trouver un travail, une maison, faire famille, avoir une bonne et belle vie, trouver des amis, … ; ce qui est un besoin légitime pour tout être humain. Mais l’espérance est différente ; elle permet de vivre, d’exister, même si l’on se trouve bloqué dans une impasse. Elle dépend du regard que l’on porte sur la vie, l’humanité. Il n’y a pas de méthode miracle. Je pense ici à tant de familles qui, à cause de l’insécurité causée par la guerre, ont connu de nombreux déplacements, cas de notre pays, plus spécialement à l’Est. Il y a lieu de se demander, ces familles, où trouvent-elles de l’énergie pour se remettre chaque fois en route ! La réponse est souvent : «On n’a pas le choix, on doit vivre !». Même si on n’a pas le choix, ces familles optent pour la vie. Voilà ce qui provoque non seulement l’étonnement, mais surtout la réflexion ! «L’espérance c’est choisir la vie». Ces paroles «On doit vivre!» nous donnent la force de nous lever chaque matin et nous permettent d’avancer chaque jour sans jamais connaître une véritable destination. «Ne vous laissez pas voler votre espérance !», dit le pape François. L’espérance, c’est faire un choix, un choix de croire, de faire confiance, en dépit du sentiment d’incertitude qui reste bien présent. L’espérance est dans les paroles de Jésus : «Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps». C’est cette conviction qui nous soutient.

Cet autre témoignage est éloquent : parler d’espérance c’est comme s’aventurer dans le déjà et pas encore... J’espère, mais cette espérance ne se circonscrit pas seulement sur ce que je deviendrais dans une vie future, dans l’au-delà. Non, elle est déjà engagement (quoique fragile) dans mon quotidien. Elle est force et dynamisme dans ce qui meut et conduit mon action dans la mesure où mon agir est participation à l’œuvre de la création. Espérer, c’est nager dans la prière, c’est naviguer dans l’esprit des béatitudes, c’est faire danser son corps et son esprit au rythme du grand désir : «heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux». Espérer, c’est voir toujours plus loin que soi.. désirer plus que soi.. devenir un avec le plus que soi. C’est désirer Dieu !

Une dernière considération me renvoie à l’étymologie latine «sperare», qui a comme première traduction : attendre. On attend une personne ou un événement. L’attente me confronte au sentiment d’incomplétude de ma vie ; cela signifie qu’il y a toujours de l’espace pour ajouter quelque chose à ma vie, mais pas forcément du matériel. Quand je suis en «mode attente», c’est comme si je me tournais vers l’extérieur de moi, vers quelqu’un ou quelque chose qui viendra apporter un complément à ce que je vis. (cf. Les témoignages des agents pastoraux, n°50, ECR, Église Catholique Romaine-Genève). En ce sens, le travail, l’apostolat, le service, au sein de ma communauté, de ma société, de mon Église, est une invitation constante au «se tourner vers». «Se tourner vers», qui est de l’ordre de la conversion, est une condition sine qua non à la relation et à l’accueil de l’autre, voire de l’Autre en premier lieu. C’est une façon d’admettre que je ne me suffis pas à moi-même. Et donc, «se tourner vers», est une façon très concrète pour vivre quelque chose de l’ordre de l’espérance. Je vous souhaite donc bonne réception et bon approfondissement des thèmes qui suivent ! Cliquez pour lire la suite

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