Fides et Ratio 001

Editorial

C’est pour moi une joie et une satisfaction de vous présenter, chers lecteurs et lectrices, le lancement du Bulletin Mensuel de formation et d’information «Theologicum News» qui naît, en ce temps de crise, de l’initiative des confrères étudiants en théologie, en vue de partager avec le monde qui nous entoure des réflexions, des expériences et des informations utiles pour notre vie sur le plan humain, moral, culturel et chrétien. Compris à partir du contexte dans lequel nous vivons, ce Bulletin est un merveilleux exercice de gratitude : on compte les bienfaits accordés par Dieu à chaque instant et on se tourne vers l’avenir le cœur plein de joie et de reconnaissance. La situation de crise que nous vivons nous fait sentir la nécessité de nous intéresser aux personnes, de leur parler de ce que nous pensons, de ce que nous vivons et de ce que nous faisons ; de partager avec le monde des expériences de nature à donner des raisons de croire et d’espérer en la vie, surtout quand cette vie est un don divin. La naissance de ce Bulletin s’inscrit dans cette dynamique de nous former, de nous informer et de nous encourager à affronter l’avenir avec réalisme, et dans l’espérance. Le temps de confinement fut au commencement, pour nous tous, une surprise ; puis, peu à peu, est devenu une halte utile. Nous avons certainement été partagés entre un sentiment de stérilité, d’inutilité, et un temps de découvertes fécondes à travers des contacts, des lectures, des informations, des nouvelles, des études dont une étude d’évangile était toujours possible. Une fois «déconfinés», nous avons commencé à mettre quelques réflexions au clair. S’arrêter pour voir où nous en sommes, et où nous allons, personnellement et communautairement, notre société et notre Église, n’est pas un temps perdu. Nous avons mieux appris à faire le tri entre l’accessoire et l’essentiel ; entre le périssable et l’impérissable, pour parler comme saint Paul (cf. 1 Co 15). L’Évangile qui nous dit que "le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas» nous appelle à être non pas prophètes de malheur, mais à devenir plus lucides sur les performances et les limites de notre civilisation, sa «vulnérabilité», et à renouveler le sens de «la vie éternelle».

Nous prenons aujourd’hui conscience des limites réelles de notre savoir. L’humanité était jusque-là marquée par «l’hubris» (cette confiance excessive en soi, qui conduit parfois à des erreurs fatales), ou par une course à l’excès et à la domination violente de la nature (et des hommes). Beaucoup de sages, de militants divers, notamment notre pape François, ont combattu et continuent de combattre cette folie. Ce qu’ils n’ont pas pu obtenir, le minuscule coronavirus l’a fait en quelques semaines. Nous aurons donc à effectuer divers «passages» de l’ancien à du neuf. A la place de vouloir «toujours plus» en matière de consommation, redécouvrir la valeur de la sobriété heureuse et du geste gratuit (par ex. tout le travail effectué pour dépanner les soignants, en masques, en nourriture, en garde des enfants…). A la place de rêves fous d’une «transhumanité», vivre l’humble engagement quotidien. C’est là que nous chrétiens aurions un rôle prophétique pour notre monde. Vivre, c’est prendre toute sa place en ce monde, même périssable, tout en ayant un regard vers Dieu, seul impérissable. Notre être chrétien n’est pas une fuite hors de ce monde, mais un signe de l’éternel au cœur du temporel. En Église aussi, ne cherchons plus les premières places, le prestige, les belles performances statistiques, mais l’humble service de l’humanité comme témoignage de foi, d’espérance et d’amour. Ne nous enfermons pas dans la liturgie, même si l’Eucharistie est une nourriture spirituelle essentielle ; mais, selon toute une longue tradition de l’Église, montrons qu’on ne peut servir le Christ à la messe si on ne le sert pas en la personne des pauvres. Jésus-Christ nous rejoint dans nos blessures, nos faiblesses, c’est le terrain privilégié de la grâce.

«La redécouverte du dimanche comme jour du Seigneur» (voir ci-dessous les réflexions publiées) nous en dit plus. Le dimanche est le jour par excellence de l’assemblée liturgique, où les fidèles se rassemblent pour que, entendant la Parole de Dieu et participant à l’eucharistie, ils fassent mémoire de la Passion, de la Résurrection et de la Gloire du Seigneur Jésus, en rendant grâces à Dieu qui les a régénérés pour une vivante espérance par la Résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts. Louer, chercher, se souvenir, croire, servir, … C’est bien ce que cherchent à vivre nos assemblées dominicales. Rien n’est gagné bien sûr, il faudra un grand coup de pouce (ou de rabot) de l’Esprit Saint, pour ne pas se décourager, pour ne pas parer au plus pressé mais voir ce que «l’Esprit dit aux Églises». Nous ne pouvons dans ce sens que formuler des vœux et des prières ; poser quelques actes de solidarité, sans avoir de vrais leviers d’action, n’est-ce pas le rôle de l’Église : penser, proposer, ajuster… et faire confiance à Dieu qui inspire !

La foi et la confiance de Joseph telles que nous les découvrirons dans la réflexion portant sur la Lettre apostolique «Patris Corde» du Pape François, nous ouvrent des perspectives nouvelles d’action dans un monde qui est encore à construire. Je nous invite finalement à lire attentivement la réflexion sur «Les chrétiens face aux mutations actuelles de notre société à la lumière de l’Encyclique Spe Salvi». Le contexte dans lequel nous nous trouvons nous invite à renaître à l’espérance, et pas n’importe quelle espérance, mais bien l’espérance chrétienne. L’Encyclique en question est un plaidoyer vibrant et érudit sur la place de l’espérance chrétienne dans la modernité. L’espérance chrétienne est une espérance en la vie éternelle, qui est un don divin transformant les cœurs et permettant aux croyants d’anticiper, dans le temps, une présence partielle du règne de Dieu. L’espérance «attire l’avenir dans le présent, au point que [cet avenir] n’est plus le pur “pas-encore”. Le fait que cet avenir [le règne de Dieu] existe change le présent, le présent est touché par la réalité future». À côté de la grande espérance de la vie éternelle, il y a donc des espérances mineures présentes par des réalisations de la grâce dans la vie personnelle et la vie en société. Les promesses de Dieu nous permettent ainsi d’avoir confiance que ce dernier agit dans l’histoire et appuient nos efforts pour créer une civilisation d’amour et de justice (les théologies du protestant Jürgen Moltmann et du catholique Johann-Baptist Metz dont s’inspire Benoît XVI méritent ici d’être approfondies). Face aux mutations que connaît notre société, retenons l’une des conclusions de Benoît XVI, qui apparaît entre les lignes de l’Encyclique, selon laquelle Dieu a promis de libérer les victimes du présent en bénissant leur combat pour la justice et les victimes du passé en les ressuscitant à la vie éternelle. Nous y trouvons des réflexions réconfortantes face aux défis de notre siècle.

Bonne lecture à vous chers lecteurs ! Cliquez ici pour voir l'intégralité

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