Fides et Ratio 003

 Editorial

Chers lecteurs et lectrices de Theologicum News, nous voici au 3ème numéro de notre Bulletin de formation et d’information Fides et Ratio, qui comprend cinq réflexions et une belle poésie à la fin. Je voudrai nous rappeler que nous n’avons pas encore réaliser la traversée complète de cette période délicate de l’histoire, qui nous demande de vivre en profondeur la vertu de l’espérance. Le premier article du Bulletin nous donne d’approfondir davantage cette vertu. Ça vaut la peine, car chaque jour que nous avons à vivre apporte son lot d’épreuves, son lot de défis et d’inquiétudes. Et les choses les plus difficiles à vivre sont souvent celles sur lesquelles nous n’avons pas de prise. C’est le cas pour les événements qui nous paraissent lourds de menaces et qui font monter l’angoisse dans nos cœurs ; en ce temps, c’est la pandémie avec son lot de conséquences néfastes, à côté d’elle, les menaces terroristes qui continuent dans le monde, en particulier dans notre pays, par exemple l’incident qui a coûté la vie à l’ambassadeur italien, son garde-corps et son chauffeur, sur le sol congolais, etc. La crise actuelle nous conduit à des réflexions comme celles-ci : «Les temps sont difficiles… Quelle époque ! … Où est le bon vieux temps ?». Bien de fois, même, de telles pensées habitent notre propre cœur ! Alors, comment nous, chrétiens, pouvons-nous nous situer, face à tout cela ? Comment pouvons-nous réagir face aux situations et aux événements inquiétants ou menaçants que nous vivons ? Cela concerne les grands événements du monde, mais aussi les épreuves que nous rencontrons, plus particulièrement, dans notre vie personnelle. La crise, oui la crise … Nous n’avons rien inventé ! Déjà du temps de saint Augustin, on avait recours à la plainte classique : « Les temps sont durs » (sous-entendu, « c’était mieux jadis »). Facilement, on se laisse aller à la nostalgie du « bon vieux temps » ! Pourtant, si on y réfléchit un peu, on se rendra compte que les calamités d’aujourd’hui sont comparables à celles de toutes les époques, même si leurs modalités sont différentes.

Dans un des sermons prêchés entre 410-411, saint Augustin dit : « Vous dites : "les temps sont mauvais". Mais, est-ce aujourd’hui seulement que les temps sont devenus mauvais ? Nos ancêtres eux-mêmes se sont lamentés sur leur époque, et leurs aïeux ont fait de même ; et chez les hommes, personne ne s’est jamais complu dans le temps où il vivait... » (S 25, 3). D’ailleurs, poursuit Saint Augustin, puisque nous disons : « Les temps sont durs », on peut se poser la question : Est-ce que le temps, en lui-même, peut être bon ou mauvais ? » ; « Vous venez me dire: "les temps sont difficiles, les temps sont pénibles, les temps sont mauvais". Vivez bien, et vous changerez les temps (...) Qui donc a à se plaindre du lever du soleil ? Qui donc a à se plaindre de son coucher ? Les temps n’ont fait de tort à personne. Ce sont des hommes qui souffrent et ce sont des hommes qui font souffrir ! » ; « Ceux qui souffrent le dommage se plaignent, et à l’occasion, ils feraient peut-être aux autres ce dont ils se plaignent » (S 311, 8). Saint Augustin nous fait comprendre que le regard que nous posons sur notre temps n’est pas objectif. Il est faussé. Pensant encore aux choses plus sérieuses, on peut se demander : quel est le sens de notre vie ? Quel regard posons-nous sur notre condition d’hommes ? « Cette vie a-t-elle jamais eu quelque chose de bon, depuis le premier homme, qui lui a valu la mort, de qui elle a reçu la malédiction, cette malédiction dont le Christ nous a délivrés ? (...) On rencontre pourtant des gens qui récriminent sur leur époque et pour qui celle de nos parents était le bon temps ! Si l’on pouvait les ramener à l’époque de leurs parents, est-ce qu’ils ne récrimineraient pas aussi ? Le passé, dont tu crois que c’était le bon temps, n’est bon que parce que ce n’est pas le tien! (...) De cet Adam jusqu’à l’Adam d’aujourd’hui, travail et sueur ; épines et chardons » (S Caillau II, 92). Ce n’est pas du pessimisme ! Saint Augustin nous invite à un sain réalisme : les jours d’aujourd’hui ne sont ni pires ni meilleurs que ceux d’hier.

Nous devons toujours réfléchir à partir de la Parole de Dieu, c’est ce que saint Augustin fait. Et devant les questions que pose la présence du mal dans le monde, il fait très souvent appel à la parabole du bon grain et de l’ivraie (Mt 13,24-30). En effet, il constate que, partout, les « bons » et les « mauvais » se trouvent mélangés. Augustin dit : « Où l’ennemi n’a-t-il pas semé l’ivraie ? (...) A-t-il laissé quelque chose sans y mêler de l’ivraie ? Mais, grâce à Dieu, Celui qui daignera la séparer ne sait pas se tromper (...) Partout, on peut trouver des hommes mauvais, mais les mauvais ne régneront pas toujours avec les bons » (S Caillau Il, 5). Devant nos troubles face aux tribulations et aux persécutions du temps, saint Augustin invite à la patience : « Vous voyez l’ivraie au milieu du bon grain, vous voyez les mauvais chrétiens au milieu des bons, et vous voulez les arracher ? Attendez, ce n’est pas encore le temps de la moisson. Ce temps viendra et puissiez-vous être alors du bon grain ! (...) Pourquoi souffrez-vous impatiemment la présence des mauvais au milieu des bons ? Ils peuvent être avec vous dans le champ, ils ne seront pas avec vous dans le grenier » (S 73, I). La patience s’impose d’autant plus qu’il nous arrive bien souvent de nous laisser tromper par les apparences. Augustin nous en avertit : « Parfois, d’ailleurs, le jugement humain pense que tels sont du froment, et ils sont de l’ivraie ; et on pense que tels sont de l’ivraie, mais au vrai ils sont du froment. À cause de ces destinées cachées, l’Apôtre dit : "Ne jugez pas avant le temps, jusqu’à ce que vienne le Seigneur..." (1 Co 4,5) » (S Caillau II, 5). Oui, nous sommes incapables de juger sainement des choses, et nous avons du mal à accepter cette incapacité. Pourtant, elle est bien utile pour un chrétien, car elle le pousse à s’en remettre au jugement du Seigneur qui, lui, est juste. Et saint Augustin enseigne que « le bon grain se réjouisse en tremblant, qu’il reste ce qu’il est, et ne sorte pas de l’aire. Qu’il ne cherche pas à se dépouiller ; de sa propre autorité, de la paille qui l’entoure, car s’il veut se séparer maintenant de la paille, il ne pourra demeurer sur l’aire. En effet, sur cette aire, les bons grains peuvent dégénérer en paille, de même que la paille peut être transformée en grain » (S 223, 2). Autrement dit, le bon peut devenir mauvais et le mauvais devenir bon…

Une fois corrigé et instruit par le Seigneur, à travers épreuves et combats ; une fois attaché au Christ par une foi vivante, le chrétien peut enfin s’ouvrir à l’espérance. « Notre espérance, frères, n’est pas dans le temps présent, ni dans ce monde, ni dans cette félicité trompeuse qui aveugle les hommes oublieux de Dieu (...) Nous ne sommes pas devenus chrétiens pour jouir des biens de la vie présente, mais pour aspirer à je ne sais quel autre bien que Dieu nous promet dès maintenant mais que l’homme ne peut atteindre encore » (S 127, 1). Entrer dans l’espérance, c’est tourner résolument son regard vers les biens à venir, vers la vie en plénitude. Mais si je veux me préparer à cet avenir du Royaume de Dieu, il faut que je prenne conscience qu’il est en train de se préparer pour moi ici même, dès aujourd’hui. Accueillir l’espérance du Royaume au milieu des épreuves et des persécutions, c’est aussi s’efforcer de pratiquer les commandements et, par-dessus tout, le commandement de la charité. « Aimez donc la loi de Dieu, dit saint Augustin, et qu’il n’y ait plus parmi vous de scandale (...) Soyez doux, compatissants pour ceux qui souffrent, secourez les malades et, en ce temps où l’on trouve tant d’exilés, d’indigents et de malheureux, que votre hospitalité soit généreuse et que vos bonnes œuvres se multiplient. Faites, chrétiens, ce qu’ordonne le Christ et laissez les païens blasphémer ; ils sauront un jour ce qu’il leur en coûte » (S 81, 9). Pour Augustin, celui qui agit ainsi amasse des trésors dans le ciel. Il exhorte souvent ceux que les événements ont rendus inquiets, en les invitant à pratiquer la charité. En aimant et en servant mes frères ici-bas, j’aime et je sers le Christ, dont ils sont les membres. C’est ainsi que je peux amasser des trésors dans le ciel. Que ces réflexions qui nous arrivent en temps de carême nous aident à grandir dans la vertu de l’espérance et nous donnent dans la vie présente d’apprécier toute chose dans leur bon côté. Bonne lecture à tous ! Cliquez ici pour lire la suite

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