La lecture de la Parole de Dieu dans les groupes et mouvements des jeunes de l’archidiocèse de Lubumbashi. Défis et suggestions

 

La lecture de la Parole de Dieu dans les groupes et mouvements des jeunes de l’archidiocèse de Lubumbashi. Défis et suggestions[1].

Père Lambert Malungu, sdb ITSFS Lubumbashi

 

Introduction

 Etat de la question

             Au début de cette investigation, nous avons jugé très utile de présenter un état de lieu sur ce thème au niveau pastoral dans l’archidiocèse de Lubumbashi. Celui-ci s’avère important pour savoir où on en est dans notre univers pastoral, aujourd’hui, sur la problématique de la lecture de la Parole de Dieu dans les groupes et mouvements juvéniles paroissiaux. Mieux encore, pour connaître ce que nos prédécesseurs ont déjà dit et fait en cette matière afin de préciser la particularité[2], l’originalité ou la nouveauté que nous pourrions y apporter à notre tour. Ayant été en bibliothèque[3] pour essayer de chercher quelques éléments de réflexion sur ce sujet, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y a qu’une seule étude effectuée de manière spécifique  et scientifique jusqu’à ce jour sur ce binôme : Parole de Dieu et Pastorale des jeunes au niveau de l’archidiocèse de Lubumbashi. Dans cette optique, le travail[4] de Mgr Fulgence Muteba fait figure de pionnier.

            Au niveau de l’Eglise du Congo, citons le travail gigantesque[5] de l’abbé Fidèle Mabundu Masamba du diocèse de Matadi. Celui-ci est un ouvrage de référence, à consulter quant à l’étude et la compréhension du binôme : Parole de Dieu et Pastorale en milieu populaire, d’une part, et d’autre part, un outil efficace pour les agents pastoraux œuvrant dans ce milieu afin d’aider les simples gens (en l’occurrence les jeunes) d’entrer dans la compréhension de la dynamique libératrice qui parcourt la Bible et d’y participer en évitant le grand danger du fondamentalisme.

            Notre recherche s’inscrit dans le cadre de l’apostolat biblique recommandé par le synode sur la Parole de Dieu. Il convient de le rappeler.  Le Magistère de l’Eglise ne cesse d’encourager la pastorale biblique afin de favoriser l’accès du peuple croyant à la Bible en vue d’un dialogue fécond avec le livre sacré. Car, «la Bible constitue un lieu privilégié de la vie de l’Eglise, de l’affirmation de son identité. Elle est le lieu où se définissent ses ministères[6]». En effet, le Magistère de l’Eglise, du Concile de Trente au Concile Vatican II revient sur l’importance de la pastorale biblique dans la vie ecclésiale[7]. Jean Paul II l’a aussi rappelé et Benoît XVI y revient dans Verbum Domini. L’exhortation apostolique post-synodale ecclesia in africa de Jean Paul II au n° 58 stipule ce qui suit : « (…) En outre, il convient de promouvoir une formation biblique des membres du clergé, des religieux, des catéchistes et des laïcs en général ; de prévoir des célébrations de la Parole ; de favoriser l’apostolat biblique (…). En somme, on cherchera à mettre l’Ecriture Sainte entre les mains de tous les fidèles dès leur plus jeune âge». Dans cette même ligne, Benoît XVI dans l’exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini invite à son tour à un engagement pastoral sérieux pour faire ressortir la place centrale de la Parole de Dieu dans la vie ecclésiale[8]. Notre recherche se situe dans la dynamique du premier synode pour l’Afrique et dans celui sur la Parole de Dieu dans le cadre de la  sensibilisation de l’apostolat biblique, en particulier dans le monde des jeunes.

   Objectif

             Le But visé dans cette investigation est triple : premièrement, sonder si la Parole de Dieu est bien lue dans les groupes et mouvements des jeunes de l’archidiocèse de Lubumbashi. Deuxièmement, dire de quelle manière elle est lue (comment procède-t-on pour la lire ? Comment est-elle interprétée ? Quelles sont les difficultés rencontrées ?). Et troisièmement, sur base de ces limites, proposer des pistes des lectures crédibles de la Parole de Dieu adéquates aux groupes et mouvements des jeunes. Quelle méthode faut-il adopter ? Toute méthode est sujette à critique. La nôtre consiste à participer aux réunions dans différents groupes et mouvements. Pour parler clair, il s’agit d’effectuer une enquête par observation participante. Il nous a été difficile, évidemment, de nous arrêter à tous les groupes et mouvement juvéniles, qui jalonnent l’archidiocèse de Lubumbashi. La liste n’est donc pas exhaustive. Mais, sur base de quelques groupes et mouvements visités, nous pouvons comprendre ce qui se passe ailleurs. Ce sont les résultats de cette enquête dont nous efforçons de restituer dans ces quelques pages qui suivent.

 1. Le sondage sur la lecture de la Parole de Dieu : quelques spécimens des groupes et mouvements de l’archidiocèse de Lubumbashi visités

            Nous n’avons pas visité tous les groupes et mouvements des jeunes de toute l’étendue de l’archidiocèse de Lubumbashi, nous avons plutôt opéré un choix de certaines paroisses - où nos étudiants de quatrième année de théologie de l’institut Saint François de Sales et les novices SDB et FMA de l’institut de philosophie Saint Jean Bosco de Kansebula font l’apostolat - pour avoir une idée générale du paysage de la lecture de la Parole de Dieu. Voici le tableau représentant les groupes et mouvements des paroisses visitées :

 

Paroisses

Groupes et mouvements visités

Communes

01

Saint Esprit

Bilenge ya Mwinda, Kizito-Anuarité (KA), Renouveau Charismatique, Kiro, Scout, Focolari, Légion de Marie jeune.

Lubumbashi/Kasapa

02

Cathédrale Saints Pierre et Paul

Acolytat, Lectorat, Groupe vocationnel

Lubumbashi

03

Bikira Mwenye Huruma

Acolytat, Chorale, Kiro, Légion de Marie

Kampemba

04

Chapelle de l’institut technique Salama

Lectorat, Kiro, Cercle Missionnaire, Chorale.

Lubumbashi

05

Saint Charles Lwanga

Chorale, Acolytat, Kiro, Légion de Marie, Bilenge ya Mwinda.

Katuba

06

Saint Jean

Chorale, Acolytat, Kiro, Légion de Marie, Bilenge ya Mwinda.

Kamalondo

07

Yesu Mwana wa Mtu

Chorale, Acolytat, Kiro, Légion de Marie, Bilenge ya Mwinda.

Kampemba

08

Chapelle Saint Boniface

Kizito-Anuarité (KA)

Kamalondo

09

Saint Benoît

Chorale

Kenya

10

Saint Sébastien

Acolytat

Camp Vangu

11

Saint Kizito

Chorale, Acolytat, Lectorat, Kiro, Patronage des jeunes.

Annexe

            En participant aux différentes réunions de groupes et mouvements des jeunes de différentes paroisses ci-haut mentionnées, nous avons constaté que la Parole de Dieu y  est lue avec une fréquence qui dépend d’un groupe ou mouvement à un autre, c’est-à-dire selon sa vocation ou sa spiritualité, et cela en vue de la préparation à la liturgie dominicale où les membres de différents groupes et mouvements devront participer. Pour la meilleure compréhension et approfondissement de la Parole, il existe dans certains groupes et mouvements des accompagnateurs spirituels (directeurs spirituels) ou soit des membres compétents du groupe (présidents ou présidentes) qui contribuent à une bonne interprétation de la Parole. En pourcentage et proportionnellement au temps imparti aux réunions hebdomadaires, le temps mis à la lecture de la Parole de Dieu se dessine approximativement de la manière suivante : les Charismatiques, les Bilenge[9] ya Mwinda, les Focolari et les lecteurs 80% du temps de la réunion ; les Servants de messes, les Vocationnels, Kizito-Anuarite (KA) 50% ; le Kiro, le Scout, la Chorale et la Légion de Marie 15% ; le Cercle missionnaire 10% et le Patronage n’ en fait presque pas allusion dans ses activités.

             Le groupe Kiro et Scout s’inspirent de la Parole de Dieu pour élaborer le mot d’ordre mensuel. Tandis que la chorale recourt à la parole de Dieu pour la programmation des chants de la messe dominicale et ils ne la partagent pas, réellement, entre eux. Quant aux lecteurs, par rapport au temps imparti à la réunion, ils mettent surtout l’accent sur la bonne diction (en particulier des lecteurs programmés pour les lectures dominicales), par conséquent, il y a trop peu de temps pour le partage de la Parole de Dieu.

             Pour la légion de Marie, dans le déroulement de la réunion, il y a une rubrique appelée « lecture spirituelle ». Celle-ci se réduit parfois à la lecture de l’Evangile dominical, elle commence immédiatement après la récitation de cinq dizaines du chapelet. Sa durée, selon le manuel légionnaire, ne devrait pas dépasser cinq minutes. Ce moment est réservé au directeur spirituel ou, en son absence au président du groupe. Ceux-ci (le directeur ou le président du groupe) sont selon le manuel  les seules personnes indiquées pour faire la lecture spirituelle.

            Au patronage par contre, on ne fait presque pas recours à la Parole de Dieu d’autant que les activités commencent par la participation des membres à la messe dominicale. Cela signifie que la prédication du prêtre est suffisante et remplace valablement le temps du partage de la Parole. Aussitôt après la messe, les grandes activités commencent : les jeux, le sport, le bricolage, la danse…

    2.  De l’état de la lecture de la Parole de Dieu dans les groupes et mouvements des jeunes

    2.1. La lecture

             Il découle de l’enquête effectuée dans les différents groupes et mouvements des jeunes de l’archidiocèse de Lubumbashi, qu’en fait, la Parole de Dieu y est lue lors des réunions. D’ailleurs, dans le déroulement des réunions de groupes et mouvements paroissiaux juvéniles, celle-ci (la lecture de la Parole de Dieu) vient en général après la prière d’ouverture. Elle y occupe donc une place considérable. Cependant, la durée du temps de partage est proportionnelle à la vocation ou à la spiritualité de chaque groupe et mouvement : certains groupes et mouvements, y consacrent plus de temps que d’autres.  Dans la plupart des cas, on y lit et partage uniquement l’Evangile dominical à l’exception de groupe des lecteurs qui lisent toutes les lectures du dimanche, mais ils partagent seulement l’Evangile. Cela amène les jeunes à méconnaître certaines grandes parties des livres bibliques, notamment : l’Ancien Testament, les Lettres pauliniennes et la Lettre aux Hébreux, les Epîtres pastorales, les Epîtres Catholiques et l’Apocalypse de Saint Jean. Certainement, ils en entendent parler et commenter par le Curé à la messe dominicale. En effet, la liturgie est le lieu par excellence pour tout chrétien de prendre connaissance de la Parole de Dieu et de son actualisation[10]. Faut-il uniquement se limiter à la liturgie ? Non ! Il faut faire plus.

      2.2. Le texte

            Nous avons constaté par ailleurs que trop peu de jeunes viennent dans les réunions avec leur Bible. Ils possèdent dans la plupart des cas des versions bibliques moins recommandées par l’Eglise Catholique : versions protestantes [Louis second, Nouveau Testament[11] – Psaume (by the Gideons international etc.)], d’autres lisent les textes bibliques reproduits dans le feuillet pastoral Neno la Mungu[12], le Missel swahili Siku za Bwana ou le Missel français de l’assemblée dominicale (en général les lecteurs et les choristes). Comme nous pouvons le constater, il n’y a pas de contact direct avec le texte biblique en tant que tel. Il y a en revanche, un recours au raccourci pour remédier au manque de Bible dans beaucoup de foyers catholiques. Les raisons[13] avancées de ce manque de Bible sont multiples : pour certains c’est le motif économique, d’autres se sentent moins outillés – moins formés pour lire la Bible -, d’autres encore disent qu’ils ne savent pas lire (le cas de certains groupes et mouvements de la périphérie).

      2.3. L’interprétation

            De ce qui précède, il saute aux yeux que la Parole de Dieu dans ces milieux juvéniles ne sera pas très bien interprétée. Car, la plupart de jeunes ne possèdent pas la Bible dans son entièreté, ceux qui la possèdent, dans la plupart des cas, l’ont en versions peu recommandées[14] par l’Eglise. Et l’unique formation chrétienne qu’ils possèdent pour l’interpréter est restée en général celle qu’ils ont reçue lors de la formation, à la réception des sacrements dans leur enfance.  Aussi faut-il ajouter que lors des réunions, le plus souvent, les jeunes se limitent à la lecture de l’Evangile proposée par le lectionnaire dominical. Par conséquent, l’importance de l’économie de l’Ancien Testament[15] est laissée de côté et même l’unité[16] des deux Testaments est mise en jeu, en question. Cependant, lire le texte biblique dans la Bible c’est enrichissant. La Bible contient des introductions aux différents livres, des notes explicatives, des renvois à d’autres textes, des explications supplémentaires, des lexiques, des cartes, parfois un calendrier liturgique (années A, B, C), une table alphabétique des livres bibliques de l’Ancien et du Nouveau testament. Elle est par elle-même son commentaire.

            De l’autre côté, il n’existe presque pas de sessions d’initiation biblique pour les jeunes. Ils ne sont pas initiés à lire et interpréter la Parole de Dieu. Ces faits portent les jeunes, lors du partage de la Parole de Dieu à faire des interprétations fondamentalistes[17], des accentuations moralistes et une certaine tendance à lire les textes  uniquement à partir de l’horizon de l’histoire présente (actualisation[18]) avec comme risque d’instrumentaliser la Bible. Aussi, ces interprétations sont-t-elles influencées par des Eglises de réveil et des sectes[19] de toutes sortes qui pullulent dans nos milieux, leurs prédications, chants et musiques religieuse que les jeunes écoutent à longueur de journées à la radio ou à la télévision, et par la prolifération sans précédent d’interprètes de la Bible que la radio et la télévision des Eglises de réveil leur offrent. Ce phénomène crée chez les jeunes une culture biblique étrange à celle de l’Eglise catholique romaine. Il ne faut pas enfin oublier le contexte socio-économique de crise dans laquelle les jeunes sont plongés, dans cette situation l’une des tentations auxquelles ils succombent, est de vouloir trouver dans la Bible des « recettes magiques », des solutions toutes faites à tous leurs problèmes[20]. En bref, faute de formation, de suivi, d’un bon encadrement dans le domaine de l’interprétation biblique, ils en arrivent à une interprétation lamentable, très pauvre de la Parole de Dieu et ne savent plus résister aux sollicitations sectaires qui s’infiltrent dans leur milieu vital et qui prétendent posséder la vérité. Le défi est donc de taille !

      2.4. Les accompagnateurs ou guides de groupes et mouvements des jeunes

            Nous avons noté qu’au sein de quelques groupes et mouvements, il y a des  personnes capables[21]. Ils expliquent et interprètent  la parole de Dieu. Ces personnes sont religieux ou religieuses, séminaristes en formation. Ils constituent une minorité de bons lecteurs de la Parole. Il y a aussi un président ou une présidente ayant joui d’une formation adéquate. C’est un élément déjà positif, un tremplin sur lequel on peut sauter pour améliorer la situation.

    3.  Les suggestions

            Le tableau de l’état de la lecture de la Parole de Dieu que nous venons de présenter est critique : le défi est de taille. Comme ministre de la Parole de Dieu en ces milieux juvéniles, nous nous sommes sentis profondément interpellés à chercher des outils, à mettre sur pieds des stratégies pour apprendre et faire découvrir au mieux la Bible à nos destinataires de prédilection. Comment les aider à entrer dans la Bible de manière profitable ? L’interprétation de la Bible ne peut pas être le monopole de quelques spécialistes (uniquement de ceux qui suivent la formation à la vie religieuse ou sacerdotale comme nous l’avons dit ci-haut). Ensuite, comment réguler cette interprétation pour éviter autant que possible de tomber dans le fondamentalisme[22] et les dangers que celui-ci pourrait faire courir à la vie et à la foi ? Quel accompagnement et quels supports didactiques proposer aux jeunes de l’archidiocèse de Lubumbashi ? En synthèse : nos suggestions consistent à proposer une réflexion théologique et pastorale sur l’action de l’Eglise de l’archidiocèse de Lubumbashi dans sa mission première à l’égard de la jeunesse : l’annonce, la célébration et le service de la Parole de Dieu au sein de groupes et mouvements des jeunes.

         3.1. Urgence de formation biblique

              Nous venons de montrer que dans le domaine d’interprétation des textes bibliques chez les jeunes, il y a des lacunes sérieuses à combler et en même temps nous croyons profondément «qu’une expression authentiquement chrétienne de la foi en Jésus-Christ et une évangélisation crédible passent nécessairement par la connaissance de ce vaste domaine qu’est la Bible ».[23] Devant cet état des choses, il faut impérativement intensifier l’apostolat biblique dans les milieux des jeunes. Celui-ci doit tenir compte du contexte global où ils évoluent et habitent. Car : « La vérité chrétienne est avant tout quelque chose qui s’enseigne. Pour la transmettre dans son intégralité, il suffit dès lors d’un bon programme, de manuels adaptés, de maîtres disponibles. (…) L’affirmation sous-jacente à cette option est que les croyants doivent enrichir ce contenu en déduisant les conséquences pour la vie d’aujourd’hui. C’est dans cette conception du message chrétien, de Dieu, de l’homme et de l’Eglise que toutes les générations des croyants ont été formées. Mais ce qui se vérifie, c’est le fait que le contenu de l’enseignement dispensé reste éloigné de la vie ordinaire »[24].  Voilà pourquoi, il faut bien définir le concept de « formation biblique ». Celui-ci ne consiste pas seulement en une connaissance doctrinale  des contenus  historico-théologiques de la Bible, mais surtout en un appel à l’écoute de la Parole, en une formation à la sensibilité biblique, c’est-à-dire éduquer avant tout à la vertu de l’écoute, à travers le « silence intérieur », l’ouverture du cœur et la disponibilité à accueillir la Parole de Dieu pour qu’elle porte du fruit dans la vie. Soulignons avec Fidèle Mabundu que dans cette perspective, il ne s’agit pas seulement de proclamer un Evangile de la foi, mais aussi de la prospérité de la  justice (p 491). En effet, « La foi en Jésus-Christ  n’est pas une sorte d’opium qui endort, distrait et éloigne de la vie. Elle est une force qui engage le croyant aux transformations individuelles et communautaires que suggère l’Evangile » (p. 491)Aussi serait-il souhaitable d’initier les jeunes à lire la parole de Dieu dans cette perspective.

           3.1.1. Formation des agents pastoraux parmi les jeunes[25]

             Il serait malhonnête de ne pas reconnaître que le clergé de l’archidiocèse de Lubumbashi est bien conscient qu’il ne saurait, à lui seul, répondre à ce défi majeur. Il faut volontiers pour y pallier que les  jeunes eux-mêmes s’engagent. C’est-à-dire, il faut d’abord les former pour qu’ensuite ils soient les formateurs, les missionnaires d’eux-mêmes. Le Synode sur la Parole de Dieu nous rappelle que « les jeunes sont les membres actifs de l’Eglise et ils en représentent  l’avenir. En eux, nous retrouvons souvent une ouverture spontanée à l’écoute de la Parole de Dieu et un désir sincère de connaitre Jésus »[26]. Il s’agit de penser une ecclésiologie au sein de laquelle les jeunes collaborent et participent à leur propre évangélisation. C’est en effet, l’ecclésiologie « de l’Eglise comme famille de Dieu » où les aînés sont les guides des cadets et les préparent ou les forment  pour l’avenir de l’Eglise. Car, « on ne s’improvise pas agent pastoral, cela s’apprend »[27] (fidèle M 489). A ces agents pastoraux, il faut  leur proposer une formation moyenne qui ne soit ni élémentaire, ni trop académique, ni trop théorique mais ouverte aux attentes et besoins du monde qui est le leur.

     3.1.2. Proposition des méthodes et des supports didactiques

     3.1.2.1.                Les méthodes

             A ce niveau, il importe de suggérer quelques méthodes d’interprétations qui leur conviennent. Autrement dit, dans les milieux des jeunes comment dire l’Evangile de façon qu’il soit perçu par eux comme Bonne Nouvelle de salut ? Nous savons que plusieurs démarches[28] existent pour mieux interpréter la Parole de Dieu. Il est question, pour notre part, de présenter celle qui serait profitable aux jeunes. A cet échelon, nous faisons nôtre, l’approche contextuelle proposée par l’abbé Fidèle Mabundu Masamba. C’est ce qui est facile pour eux : lire le texte dans l’horizon de l’histoire présente. Ils le font déjà dans leur partage de la Parole.  Il faut maintenant bien structurer cette approche de manière à éviter les dangers qui peuvent en découler. Elle se structure autour de quatre questions directrices : Qui lira la Bible ? Avec quelle clef ? Pourquoi la lire ? Comment la lire ? D’après notre auteur, ces questions prises dans leur ensemble peuvent orienter la lecture contextuelle de la Bible vers une vision plus précise de son objectif et de ses enjeux.

        La Bible à lire, oui…mais par qui ?

            La réponse à cette question est simple : par les jeunes. Ils doivent eux-mêmes la lire avec leurs propres yeux, c’est-à-dire les yeux des jeunes et avec les questionnements liés  à leur âge. A ce sujet, Fidèle Mabundu Masamba montre que ce n’est pas en donnant une interprétation toute faite que l’on fait accéder le peuple au texte. Le pas décisif consiste plutôt en une participation de leur part à la compréhension de la Parole de Dieu en lien avec leur vie de chaque jour[29]. Dans cette optique, le rôle de différents accompagnateurs serait de contribuer à l’enrichissement de l’interprétation, c’est-à-dire, ils sont des personnes - ressources, en mesure de guider les jeunes dans l’univers biblique plutôt que des gens qui prétendent tout savoir et avoir des réponses à tout.[30] Cette réflexion montre assez clairement que les jeunes doivent être au centre de l’engagement de l’Eglise dans sa tâche d’évangélisation des jeunes[31].

        La Bible à lire, oui mais avec quelle clé ?

            La lecture de la Bible à ce point de vue se situe principalement à deux niveaux : d’une part au niveau du discernement du Dieu libérateur en Jésus-Christ et permettant la transformation du croyant, en l’occurrence du jeune, et d’autre part, sur l’environnement du jeune pour une appropriation du message chrétien. En substance, il est question d’annoncer, de proclamer un Evangile de la libération et de promotion humaine. Car, si Dieu s’est révélé et continue à s’adresser à l’homme, c’est pour le sauver, le libérer (cf. Lc 4,18-19). Ce texte de Luc nous convie à une interprétation existentielle de la Bible, à penser à une Eglise attentive aux situations de vie des jeunes. En définitive, la tâche primordiale de l’animation biblique ne peut se résumer qu’en l’annonce d’un Evangile qui libère. Il s’agit ici d’une libération qui touche à tous les différents aspects de la vie des jeunes : politique, économique, social, culturel et mental[32] .

        La Bible à lire…mais pourquoi ?

            Cette troisième étape vient indiquer la finalité ultime de la lecture biblique dans les groupes et mouvements des jeunes. Il faut, en premier lieu rappeler que la Bible n’est pas un livre statique, ni intangible, mais en revanche une perle, un trésor toujours dynamique qu’il faut faire fructifier. L’exploration, la lecture des textes bibliques doit aboutir à un approfondissement de la foi et à un engagement concret dans le milieu vital pour l’instauration du royaume de Dieu. Voilà le but ultime de la lecture des textes bibliques[33].  L’Epître aux hébreux (He 1,1-3) est éloquente à ce sujet, elle rappelle que Dieu a parlé et il est entré dans l’histoire humaine. Cela signifie que la foi se rapporte à cet événement fondateur : l’incarnation. Il s’agit là, d’aider les jeunes à s’approprier de la Parole de Dieu et à la vivre.

          La Bible à lire, oui…mais comment ?

            Selon notre auteur, il est question dans cette dernière étape de notre démarche, de créer des conditions qui puissent rendre la foi possible par adhésion personnelle et permettre de l’expérimenter au quotidien. Car, constate-t-on, dans l’Eglise catholique, l’évangélisation se résume presque exclusivement en ces mots : sermons, catéchisme, réunions de formation. Il y a risque de présenter la foi de la même façon à des riches qu’à des pauvres, à des adultes qu’à des jeunes, quels que soient les lieux et les conditions d’existence des auditeurs[34]. Dans ce sens, il faut une lecture communautaire circulaire.

Communautaire : la foi chrétienne est un phénomène communautaire, puisqu’elle s’est exprimée à l’origine dans un contexte communautaire ; telles sont les caractéristiques du message chrétien : l’Evangile est fait pour être communiqué, il doit être annoncé, il est communication .Cela signifie que l’on ne peut être chrétien tout seul, on l’est toujours avec les autres[35].  D’où l’urgence d’effectuer une lecture communautaire.

Circulaire : il ne suffit pas d’être ensemble pour lire la Bible avec profit. Encore faudra-t-il promouvoir entre les participants des vrais échanges, une collaboration qui respecte la différence, qui permet à chacun de croître dans la réciprocité. Au sein d’une communauté chaque membre peut exercer son don. Ici, l’attitude des accompagnateurs et guides consistera à encourager tout le monde au partage. Car, interpréter un texte biblique ne se réduit pas aux connaissances de celui qui connaît, mais à une participation collective. Telle est donc la dimension circulaire, une relation au sein de laquelle tous les membres du groupe agissent, cherchent ensemble, et se nourrissent mutuellement de la Parole de Dieu[36].

         La lectio divina, comme  clef qui ouvre la porte  aux  jeunes à la mentalité biblique

Au regard des  limites ci-haut mentionnées dans l’acte de lecture de la Parole de Dieu de la part des jeunes, la pastorale des jeunes dans nos différentes paroisses de l’archidiocèse de Lubumbashi doit redoubler d’effort pour développer  et encourager une lecture de la Parole de Dieu dans le monde des jeunes  qui soit : personnelle, communautaire et entraîne à rendre témoignage. Pour que cette lecture soit véritablement personnelle, communautaire et entraine au témoignage, en outre de la méthode ci-haut mentionnée, nous proposerions  d’initier d’ores et déjà  les jeunes à la lectio divina qui est à notre humble avis une lecture où les trois  dimensions sont présentes : personnelle, communautaire et le témoignage (la charité). En effet, la dernière étape d’une bonne lectio consiste à vivre la charité comme détermination éthique (actio) et réponse historique à la parole écoutée et intériorisée. Nous  pensons que le pape Benoit XVI va dans ce sens quand il exhorte les jeunes avant d’opérer des choix judicieux,  de s’appuyer sur le Christ en écoutant sa Parole et en la méditant régulièrement[37]. De même, le Cardinal Carlo Maria Martini, dans son livre, Se retrouver soi-même, montre que la Constitution doctrinale Dei verbum du concile Vatican II a longuement traité ce thème et synthétisé son enseignement en quatre points :

    -                Tous les fidèles doivent avoir un accès direct à l’Ecriture ;

    -                Ils doivent la lire fréquemment et volontiers ;

    -                Ils doivent apprendre à prier à partir de la lecture directe de la Bible ;

    -            Le but étant de parvenir à la connaissance transcendante du Christ-Jésus, on ne  peut y parvenir qu’en se référant à l’Ecriture. Il poursuit sa réflexion en indiquant la lectio divina comme moyens concrets pour que le chrétien parvienne à aborder les textes  de l’Ecriture et le Nouveau Testament et qu’il puissent les comparer avec son existence[38].

La lectio Divina résume mieux la mentalité de l’homme biblique. En effet, une des caractéristiques de l’homme de Dieu dans l’univers biblique c’est le silence et l’écoute. Les prophètes aimaient fréquenter le désert pour cela. C’était le lieu par excellence du silence en vue d’écouter profondément Dieu. Jésus également avait l’habitude de se retirer dans les endroits déserts pour être en communion intense  avec son Père. « Le silence aide à faire taire notre fantaisie, notre être, et à éliminer tout ce qui peut déranger. Il faut aller en prière tels des pauvres, et non tels des nantis, reconnaissant n’être pas capables de prier. Le silence écoute, accueille, se laisse animer. »[39], écrit le Cardinal Carlo Maria Martini. Il ajoute : « l’écoute est un mot-clé caractéristique de toute la tradition du peuple hébreu : « Ecoute, Israël ! » ». « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole et qui la mettent en pratique ! » (Lc10,28). La plénitude de l’homme consiste donc à écouter et à mettre en pratique, dans un même mouvement[40].

        L’homélie  dans une  messe des jeunes

Le synode sur la parole de Dieu accorde une grande valeur à l’homélie dans une célébration liturgique. En effet,  « (…) Elle fait partie de l’action liturgique et elle a pour fonction de favoriser une compréhension plus large  et plus efficace de la Parole de Dieu dans l’aujourd’hui de leur vie.  On doit éviter les homélies vagues et abstraites, qui occultent la simplicité de la Parole de Dieu, comme aussi les divagations inutiles qui risquent d’attirer l’attention plus sur le prédicateur que sur la substance  du message évangélique. (…) »[41]. Dans les messes des jeunes, elle doit être particulièrement bien soignée : adaptée  à leur contexte, à leurs problématiques  et il convient de le faire avec beaucoup de créativités, de simplicité et de profondeur de façon que la Parole soit vivante. Elle doit, en outre, être participative, claire, centrée sur la parole de Dieu de façon à entrainer  les jeunes  à aimer la parole de Dieu et à y fonder leur vie. Pour être concret,  l’homélie d’une messe des jeunes doit répondre  à trois exigences, à savoir :

        1.                  La communication d’une expérience 

        2.                  La communication qui pousse à la sequela

        3.                  La communication qui suscite en eux l’espérance[42].

         3.1.2.2.   Les supports didactiques[43]

            Il convient enfin, de fournir des instruments capables d’aider les jeunes à saisir les textes bibliques dans son contexte d’origine et actuel, des outils d’analyse scientifique à leur niveau. Pour ce faire, divers biblistes congolais s’efforcent d’approfondir tel ou tel aspect de ces points dans un travail remarquable de divulgation. Mentionnons par exemple la collection « Parole de Dieu pour tous », dans laquelle nous avons Apprendre à lire la Genèse de Roger Wawa et la collection « Bible et Pastorale » où il est question d’Apprendre à lire l’Evangile de Marc de Paul-Marie Buetubela Balembo. L’année paulinienne a servi de motif pour la sortie d’un petit commentaire de Gavioli Piero, connaître, lire, imiter Saint Paul dans Mbegu 72 (2008). Voici quelques échantillons de supports pouvant aider les jeunes à apprendre, interpréter la Parole de Dieu correctement. A cela, il faut ajouter des supports d’ordre méthodologique dans le partage de la Parole, c’est le cas de l’ouvrage de Mgr Oswald Hiermer, L’emploi Pastorale de la Bible. Méthodes de partage de l’Evangile. Pour finir, il est pertinent de leur présenter les bonnes versions de la Bible recommandées par l’Eglise et leur montrer comment il faut s’en servir. Les Bibles, aujourd’hui, contiennent des introductions, des notes, des lexiques, des cartes, des renvois à d’autres passages utiles pour leur bonne interprétation.

          La diffusion de la Bible pour les jeunes

             Un autre travail à faire est la diffusion[44] de la Bible pour les jeunes. Cependant,  la question qui se pose  est celle de savoir-faire cette diffusion d’une manière qui convient à leur univers . S’il existe des bibles pour les enfants du type « histoire sacrée », pour les jeunes, il est possible de mettre à leur disposition toute la Bible,  l’Ancien et le Nouveau Testaments à travers un plan organique, c’est-à-dire  à travers des thèmes qui peuvent les intéresser, les guider, les orienter dans leur vie et dans leur choix. Tout en insistant que la vérité de la Bible  n’est pas une vérité scientifique mais une vérité de type religieux. La Bible veut nous faire connaitre le plan de Dieu pour notre salut. Ainsi donc pour la comprendre, il faut se mettre sous cette perspective. Il est vrai qu’elle nous fournit des informations historiques, géographiques, philosophiques mais son point de vue est de nous communiquer la vérité dont  nous avons besoin pour notre salut. Il s’agit comme le dit le pape  Benoit XVI de présenter la Bible comme une boussole pour les jeunes.[45] Concrètement il montre que : « (…) C’est durant la période de la jeunesse, qu’émergent de façon irrépressible et sincère les questions sur le sens de la vie personnelle et sur l’orientation à donner à sa propre existence. Seul Dieu sait apporter une véritable réponse à ces questions.(…) »[46].

        Conclusion

            Présenter l’état de la lecture de la Parole de Dieu dans les groupes et mouvements des jeunes, tel a été le but que nous nous sommes assigné dans cette étude. L’analyse effectuée a révélé que les jeunes lisent la Parole de Dieu, mais par manque d’encadrement dans ce domaine, ils se livrent à des interprétations lamentables. Pour sauver la situation, il faut leur offrir une formation adéquate à un double niveau : d’une part, leur donner une méthode adaptée à leur environnement, réalité, qui ne soit ni trop académique, ni trop théorique, mais moyenne ; d’autre part, leur présenter des supports didactiques et méthodologiques pouvant les aider à bien s’orienter dans cette matière et à conduire leurs réunions lors des partages de la Parole de Dieu. Enfin, cette monographie se présente comme un questionnement, une interpellation à l’endroit des biblistes, théologiens, pasteurs et catéchistes de l’archidiocèse de Lubumbashi de travailler à une explication crédible de la Parole de Dieu, à son actualisation dans le milieu des jeunes de façon qu’elle contribue à la transformation de leur entourage et annonce un salut intégral. Concrètement, il s’agit d’intensifier l’apostolat biblique dans les différents groupes et mouvements paroissiaux de l’archidiocèse de Lubumbashi, c’est-à-dire, créer des centres des sessions de formation, d’initiation aux lectures et interprétations des textes bibliques proportionnels à leur âge, capables de provoquer, de stimuler en eux l’audace vers une exploration fructueuse de la Bonne nouvelle. En outre, il est question pour les biblistes, théologiens, pasteurs et catéchistes de l’archidiocèse de Lubumbashi de vivre le credo de l’ecclésiologie africaine : Je crois en l’Eglise famille de Dieu[47]. Car, nous croyons qu’en dehors des CEB, les groupes et mouvements des jeunes sont aussi des espaces exceptionnels de la réalisation et de l’actualisation de l’Eglise famille de Dieu. En dernier lieu, nous avouons la limite de notre recherche. Nous n’avons pas réussi à parcourir tous les groupes et mouvements paroissiaux de l’archidiocèse de Lubumbashi, mais nous croyons que l’enquête menée dans certains d’entre eux nous a indiqué approximativement l’état de la lecture de la Parole de Dieu.



[1] Nous remercions vivement le Père Michel VANHEUSDEN pour sa disponibilité d’avoir accepté de corriger ce travail malgré son âge avancé et au père Léon VERBEEK pour une vie donnée à la jeunesse congolaise. Nous leur dédions cette recherche pour leurs anniversaires des 80 ans d’existence.

[2] L’article de Mgr Fulgence Muteba, Lecture Biblique dans les C.E.B. de Lubumbashi in Chemchem n° 3 (septembre 2001), 14 - 27 (voir le résumé à la note n° 3), nous a orienté à situer notre recherche sur un champ non encore exploré au niveau de l’archidiocèse de Lubumbashi, celui de la lecture de la Parole de Dieu dans les groupes et mouvements des jeunes, puisque ce ne sont pas tous les jeunes qui participent aux réunions des C.E.B. Certains jeunes  prennent part uniquement aux réunions de groupes et mouvements. Voilà pourquoi,  il nous a semblé pertinent de nous y intéresser. Telle est la raison majeure qui justifie le titre de notre petite investigation : La lecture de la parole de Dieu dans les groupes et mouvements des jeunes de l’archidiocèse de Lubumbashi. Défis et suggestions. Il y a là un immense chantier qui reste encore inexploré. Nous n’avons pas voulu étendre notre recherche à toute l’Afrique comme l’ont proposé les organisateurs de ce colloque par peur de nous perdre dans des affirmations générales, théoriques et de tomber dans des conclusions hâtives et généralisantes. Il faut le dire. L’Afrique n’est pas un pays, c’est plutôt un continent. En effet, les réalités peuvent varier d’une région à une autre. Cette modeste recherche a été effectuée d’abord dans le cadre d’un colloque organisé à Jérusalem par l’association des biblistes salésiens  en 2010 et a été  ensuite successivement présentée à la salle Famiglia et à la paroisse Saint Marc Kalubwe le mois de Septembre 2013, mois de la Bible proclamé par la CENCO, devant les agents pastoraux  et certains prêtres de l’archidiocèse de Lubumbashi.

[3]  Il s’agit ici de la bibliothèque du Theologicum Saint François de Sales.

[4] Voici les grandes lignes de l’enquête effectuée par Mgr Fulgence Muteba quant à la lecture de la Bible dans les CEB. Au niveau du texte biblique, dans la plupart des cas, une faible fraction de membres des CEB possèdent une Bible à la maison. Lors des réunions, ils lisent les textes bibliques présentés dans le feuillet pastoral Neno la Mungu ou dans le Missel swahili Siku za Bwana. Les textes lus, sont le plus souvent ceux proposés par la liturgie dominicale. Il n’y a donc pas de contact ‘‘direct’’ avec le texte biblique lui-même. Mgr Fulgence Muteba a aussi constaté que le texte biblique disponible en langue swahili n’est pas d’une compréhension facile pour les gens de Lubumbashi. Il est question d’un swahili de l’Afrique de l’Est difficile à comprendre pour les fidèles de CEB. Vis-à-vis de cette difficulté linguistique, certaines CEB ont trouvé un remède palliatif : une traduction simultanée. Un membre lit un texte en français et le traduit en swahili local pour l’assemblée. Cette traduction déforme souvent le sens du message biblique. Il en découle que la Bible est très peu connue en CEB pour qu’elle soit lue. En dépit de cette ignorance de la plupart de membres de CEB, il y a, en revanche, une minorité de lecteurs de la Bible. Il s’agit des intellectuels engagés dans quelques secteurs de la vie ecclésiale, des membres du renouveau charismatique, des laïcs engagés dans la vie paroissiale et des fidèles ayant suivi une session biblique. La Bible ainsi lue par une minorité soulève la question de son interprétation. Elle est objet de plusieurs interprétations dans les CEB :   - Le fondamentalisme : dans les CEB les textes bibliques sont interprétés littéralement.

-         Actualisation : dans tous les cas, la pointe de l’interprétation consiste à contextualiser, inculturer, restituer le message biblique dans son aujourd’hui. C’est-à-dire la préoccupation des membres de CEB est d’écouter la Parole de Dieu au quotidien.

-         Accentuation moraliste : les orientations du message sont le plus souvent d’ordre moral.

Mgr F. Muteba, devant cet état de lecture de la Bible dans les CEB, conclut en disant : « Si le texte biblique intéresse encore les chrétiens et chrétiennes en CEB, c’est parce qu’il se prête à une interprétation qui concerne la vie actuelle des communautés de baptisés dans la société ». De cette enquête, notre auteur relève un double défi : - un défi à la culture catholique : il s’agit de revenir à la Bible dans les célébrations liturgiques. Car « L’Eglise catholique d’ici tend à noyer le texte d’Ecriture dans une foule d’éléments auxquels on accorde une importance exagérée et pour l’inculturation pour laquelle on se bat bec et ongles. On comprend dès lors qu’il y a très peu de traductions bibliques catholiques en langues vernaculaires dans notre Eglise locale. Les textes bibliques en langues vernaculaires dont on dispose jusqu’à présent sont pour la plupart d’origine protestante et souffrent souvent de vices herméneutiques à peine voilés ».

- un défi aux sciences bibliques : les sciences bibliques dans l’univers catholique connaissent une grande évolution. Celle-ci est méconnue à la base. Il faut donc passer « d’une lecture en Sorbonne à une exégèse en Eglise, mais sans cesser d’alimenter les lecteurs assoiffés d’écouter Dieu… Les chrétiens et chrétiennes de la Base attendent impatiemment que Dieu soit enfin « directement » écouté par son peuple d’ici ».  En définitive, la monographie de F. Muteba a montré que la Bible est méconnue par un grand nombre de fidèles de la base. Ainsi, l’Eglise à l’instar de l’Eglise antique est conviée à la présenter aux chrétiens et chrétiennes de la Base afin qu’ils connaissent Dieu.

[5] Le travail de F. MABUNDU MASAMBA, Lire la Bible en milieu populaire (Paris, Karthala 2003), est une perle précieuse pour tout agent pastoral qui cherche à rendre accessible la Parole de Dieu aux chrétiens et chrétiennes de la Base. Ce travail présente des outils pour découvrir au mieux la Bible avec des gens simples. Car l’interprétation de la Bible ne peut pas être le monopole de quelques spécialistes. Aussi,  l’auteur s’engage-t-il à montrer comment réguler l’interprétation des textes bibliques au niveau de la base en évitant autant que possible les embûches d’une mauvaise lecture du texte biblique et les dangers que celle-ci pourrait faire courir à la foi et à la vie. Pour ce faire, il montre d’abord la place de la Bible dans la pastorale, ensuite il présente des approches bibliques en milieu populaire, enfin il donne des pistes pour une pratique de la Bible dans une Pastorale en Afrique.

[6] Ibidem, 81.

[7] Cf. Ibidem, 82-87.

[8] Cf. VD, n°73

[9] Pour les Bilenge Ya Mwinda (Jeunes de lumière), l’Evangile « Bonne Nouvelle » est leur livre de chevet et leur manifeste. Le premier travail que Dieu attend d’eux, c’est la contemplation. La formation consiste en un enseignement biblique et chrétien, Cf. Luyeye, Une Pastorale pour les jeunes. Origine des Bilenge ya Mwinda (Limete kinshasa, Saint Paul Afrique 1990) 16 ; 25.

[10] Cf. A. Kabasele Mukenge, La Parole se fait chair et sang. Lecture de la Bible dans le contexte africain (Kinshasa, Médiaspaul 2003) 36.   

[11] Ce Nouveau Testament est toujours donné gratuitement aux jeunes tant protestants que catholiques. Voici d’une part, les prix de bonnes versions de Bibles conseillées par l’Eglise dans la librairie Médiaspaul de Lubumbashi (depuis 2010) : La Bible de Jérusalem (BJ) grand format 16$, la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB) grand format 14$, La Bible des Communautés Chrétiennes (BCC) petit format 7,6$ et grand format 10,2$ ; la Bible Expliquée (BE) petit jaune 11,1$ et la BE noire 15,11$. .  Et voici d’autre part, les prix de versions protestantes dans la librairie protestante Viens et Vois de Lubumbashi : Louis second 12$, la Sainte Bible 70$, la Bible Thompson 80$, la Sainte bible avec commentaire de CI 60$. Les protestants au contraire des catholiques amènent leur Bible dans les assemblées. Est-ce que la raison économique avenacée par la plupart des chrétiens catholiques tient-elle débout ? Il faut l’approfondir. A notre humble avis, il faut apprendre aux jeunes d’amener la Bible dans leurs réunions hebdomadaires. Il s’agit là plus d’un problème de mentalité que de celui de l’économie. Voici le témoignage à la question du manque de l’apport de la Bible dans les assemblées ou réunions des jeunes. D’après le témoignage d’un de nos étudiants du diocèse de Kilwa-Kasenga de la paroisse Bienheureuse Anuarite : bon nombre des fidèles n’avait pas l’habitude d’amener avec eux la Bible à l’Eglise. Et c’est avec l’arrivée 1986 d’un curé (Abbé Mpala Mbabula) qu’est né cet esprit d’utiliser la Bible pendant la messe puisque le curé avait l’habitude de renvoyer ses fidèles à d’autres textes parallèles. Il faut dire que le résultat était très positif. Les chrétiens en avaient pris goût et ils amenaient leur Bible.

[12] Le prix de ce feuillet pastoral est presque insignifiant, mais il joue un rôle didactique assez important.

[13] F. Muteba, Art. Cit., 20.

[14] Cf. DV, n°22. Ce numéro insiste sur la nécessité de bonnes traductions de la Bible en vue de la catholicité de l’Eglise au sens de LG II n°13. Car : « Les traductions de la Bible devaient permettre une connaissance plus profonde et une meilleure interprétation de la Parole de Dieu ». Voir aussi Vatican II, La Révélation divine tome II (Paris, Cerf 1968) 446.

[15]  Cf. DV, n° 15.

[16] Cf. DV, n° 16.

[17]  Le fondamentalisme est une erreur à éviter. Selon le document de la commission biblique pontificale de 1993, sur l’interprétation de la Bible (IB), on peut lire : « La lecture fondamentaliste part du principe que la Bible, étant Parole de Dieu inspirée et exempte d’erreur, doit être lue et interprétée littéralement en tous ses détails. Mais par interprétation littérale elle entend une interprétation primaire, littéraliste, c’est-à-dire excluant tout effort de compréhension de la Bible qui tienne compte de sa croissance historique et de son développement. Elle s’oppose donc à l’utilisation de la méthode scientifique historico-critique, comme de toute autre méthode scientifique pour l’interprétation de l’Ecriture », CBP, L’interprétation de la Bible dans l’Eglise (Québec, Paulines 1994) 61. Voir aussi A. KABASELE MUKENGE, Lire la Bible dans une société en crise. Etudes d’herméneutique interculturelle (Kinshasa, Médiaspaul 2007) 11-63. 

[18] Une telle actualisation pourrait devenir dangereuse. Car, elle méconnait l’unité des deux Testaments. Notons avec A. Kabasele Mukenge que « le fondement de l’actualisation biblique est la conviction de l’unité organique du peuple de Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament dans le temps et dans l’espace, ce qu’on désigne sous le nom de « personnalité corporative ». En parlant à Moïse, Dieu parle à Israël ; en parlant à Israël, il parle à l’humanité !(…) Dès lors, la parole ancienne n’est pas à annuler, mais seulement à compléter en fonction des situations nouvelles par mode d’explication et de développement d’éléments anciens qui étaient déjà présents, mais peu développés », A. KABASELE MUKENGE, La Parole se fait chair et sang, 35-36.

[19] VD, n° 73.

[20] Cf. A. Kabasele Mukenge, Lire la Bible dans une société en crise, 18-19.

[21] Pour la plupart de congrégations religieuses et maisons de formation sacerdotale existant dans l’archidiocèse de Lubumbashi, les candidats ont comme tâches apostoliques l’encadrement de groupes et mouvements des jeunes.

[22] Voir CBP, L’interprétation de la Bible dans l’Eglise, 61-64.

[23] F. Mabundu Masamba, Op. Cit., 15.

[24] Ibidem, 42-43. Pour une formation biblique des chrétiens voir aussi VD, n° 75-76.

[25]  Le thème de la pastorale salésienne des jeunes de 2010-2011 : « Jeunes, soyez missionnaires de vous-mêmes pour promouvoir les valeurs de la vraie vie », encourage une initiative de ce genre. Les jeunes doivent être leur propre missionnaire. DV,  n°84 encourage une telle initiative.

[26] VD, n° 104.

[27] F. Mabundu Masamba, Théologie et pastorale des communautés ecclésiales vivantes de base. Eléments pour une reconstruction sociale à partir d’en-bas in Léonard Santedi Kinkupu (dir.) La théologie et l’avenir des sociétés. Cinquante ans de l’Ecole de Kinshasa (Paris, Karthala 2010) 489.

[28]  Cf. CBP, L’interprétation de la Bible dans l’Eglise, 28-64.  C’est dans cet ordre d’idée que J.M. ELA, nous invite à la révision de méthodes de la théologie, il s’agit selon lui de chercher la manière la plus apte de communiquer la doctrine aux hommes de notre temps, J.M. ELA, Repenser la théologie africaine. Le Dieu qui libère (Paris, Karthala 2001)101.

[29] Cf. F. Mabundu Masamba, Op. Cit., 260.

[30] Cf. Ibidem, 261.

[31] Cette façon de penser résume le thème de la pastorale salésienne des jeunes de 2010-2011 : « Jeunes soyez missionnaires de vous-même… ».

[32] Cf. Ibidem, 265. A ce sujet, Jean Marc ELA déclare : « Le seul message chrétien qui ait un sens aujourd’hui pour l’homme africain est celui d’un Dieu qui libère », J.M. ELA, Repenser la théologie africaine. Le Dieu qui libère (Paris, Karthala 2001) 53-57.

[33] Cf. Ibidem, 272.

[34] Cf. Ibidem, 280-281.

[35] Cf. Ibidem, 281.

[36] Cf. Ibidem, 282-283.

[37] Africae Munus, n° 64.

[38] C.-M. Martini, Se retrouver soi-même (Paris, Bropols 1997) 54.

[39] Ibidem, 41.

[40] Ibidem, 43.

[41] VD, n° 59.

[42] R. Tonelli, Giovani, in Manlio Sodi-Achille M. Triacca (a cura di), Dizionario di omelitica (Torino, Elle di ci 1998) 636-644.

[43] L’usage de ces matériels a été recommandé par le Synode sur la Parole de Dieu qui déclare au n° 57 : « (…) Là où le besoin se fait sentir, les organes compétents peuvent pourvoir à la publication de matériel didactique qui facilitera le lien entre les lectures proposées par le lectionnaire, (…) ».

[44] VD, n°115.

[45] Benoit XVI, Message pour la XXIe Journée Mondiale de la Jeunesse 2006, AAS 98 (2006) 282-286 ; La DC,  n° 2355, 307-309. Cité dans VD,  n°104.

[46] Ibidem.

[47] Cf. J.-P. TAFUNGA, Notre foi en l’Eglise-Famille de Dieu. Lettre Pastorale pour le Carême (édition de l’Archevêché - Médiaspaul, Lubumbashi 2011) 3.

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